mercredi 11 mai 2011

Nicolas Hulot : l’opportunité écologique ?

Un étudiant en philosophie, âgé de 21 ans, de l'Université du Mirail II, à Toulouse, analyse comme suit, dans une Tribune libre publiée par Agaravox, la candidature Hulot. Cela mérite l'examen ! On y découvre ce que l'intuition inspire : du débat écologique dépend l'avenir humain. La voix de Nicolas Hulot peut se faire entendre, dit-il, dans toutes les directions. Les politiciens en tous genres s'en offusqueront. Qui ne votera jamais pour Sarkozy, Strauss-Kahn et bien entendu Le Pen, ni au premier ni au second tour, n'aura guère le choix : ce sera ou le vote blanc ou le vote Hulot, le seul à même de trouer le filet médiatique dans lequel on enferme le corps électoral. Sortir de la VIe République passe peut-être par là. À suivre...


http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/nicolas-hulot-l-opportunite-93687

Nicolas Hulot : l’opportunité écologique,

par "Trineor"...

1. Questions politiques autour d'une candidature écologiste.

A) Pour quelle raison une candidature écologiste à l'élection présidentielle est nécessaire.
Parce que les partis en place n'ont absolument pas pris la mesure de l'urgence écologique. L'écologie politique n'est plus une petite lubie que l'on greffera en option à tel ou tel programme ; c'est un projet de société. Le projet d'une société autre, où les fondements de l'économie et les critères de réussite devront être subvertis ; le projet d'une société qui sortira du dogme physiquement intenable d'une croissance illimitée dans un monde aux ressources limitées, et lui préfèrera l'équilibre ; le projet d'une société, enfin, qui prendra conscience que le superflu de quelques uns ne peut plus être assumé au prix de la misère des peuples et de l'épuisement des ressources et du vivant. Ce projet n'est pas une option, c'est le socle de notre avenir ; d'une manière ou d'une autre – et la démocratie sera là pour choisir la manière – nous allons devoir y venir... et sans doute bien plus tôt que nous ne le voudrions, car les excès de notre civilisation nous ont portés au bord d'un précipice qui va nous contraindre à changer. Être responsable aujourd'hui face à notre futur – et je dirais même plus, faire preuve de sens moral envers les générations à venir – cela va être pour nous de choisir si, premièrement, nous voulons être prompts à convertir notre modèle ou si, deuxièmement, nous préférons attendre jusqu'au dernier moment qu'il s'effondre sur lui-même. Pour ce qui est de la première option, nous sommes déjà en retard ; un projet de civilisation, cela engage des décennies d'efforts et de progrès, et si nous voulons encore saisir notre chance, nous ne pouvons plus nous permettre d'attendre ni de faire dans la demi-mesure. Quant à la deuxième option... bien, ne soyons pas d'un catastrophisme hollywoodien : elle ne verra sans doute pas l'extinction de notre espèce, mais pour sûr elle en verra la misère grandissante et la privation de liberté. Serons-nous prêts à regarder nos enfants lorsqu'ils assumeront par notre faute des mesures plus drastiques que nous n'en avons jamais vécues en matière de rationnement d'eau et d'énergie ? Lorsqu'ils subiront la perte généralisée de droits sociaux dont nous avons profité et qui seront d’ici là devenus financièrement inabordables ? Lorsqu'ils assisteront au délabrement massif d'infrastructures qui aujourd'hui adoucissent nos vies – tant et si bien d’ailleurs que nous ne les remarquons plus qu'à peine – mais qui sans transition des moyens de production, d'entretien et d'approvisionnement énergétique, deviendront inutilisables ? Qu'assumerons-nous enfin de nos délires nationalistes et souverainistes lorsqu'un milliard de sinistrés climatiques en détresse chercheront les simples moyens de leur subsistance ?
Quand l'enjeu est si grand, que le projet à bâtir est si vaste, il est totalement dérisoire et inacceptable de songer ne serait-ce qu'un instant à adapter les questions civilisationnelles de long-terme à une donne politique passagère. Ce n'est pas à l'extrême-droite, toute ragaillardie qu'elle soit par sa récente mue, de dicter le débat démocratique et de museler les alternatives ! La montée des peurs, de l'intolérance et le repli sur soi sont des phénomènes naturels en période de transition historique : nous pressentons ce que nous allons perdre du modèle actuel et de l'illusion déclinante d'un progrès quantitatif, mais nous ne savons pas encore à quoi demain ressemblera ni quelle autre forme du progrès nous y inventerons. Ceci étant, il serait merveilleux que la contrainte écologique soit véritablement prise en compte par les partis en place : alors, effectivement, une candidature écologiste deviendrait inutile et le débat concernant la transition à mener pourrait être tenu en dehors du cadre de l'élection présidentielle. Mais cela n'est pas le cas, et le projet alternatif dont nous avons besoin n'est actuellement porté par aucun des trois principaux partis en France : le nationalisme en vogue se disqualifie entièrement dès le moment où il fuit les contraintes internationales de demain pour se réfugier dans l'illusion d'une nation autosuffisante ; le néolibéralisme incarné par la droite majoritaire s'est historiquement construit sur le modèle économique dominant qui est aujourd'hui à dépasser et ne peut donc être qu'ontologiquement incapable de mener ce dépassement ; quant aux tendances dites sociales-démocrates incarnées par le centre et la gauche parlementaire, elles se sont converties à ce modèle et ne cherchent plus tant à le subvertir qu'à en adoucir simplement quelques excès. Or, l'heure n'est plus à poser des rustines ; l'heure est à porter une voie alternative.
En ce sens, une candidature écologiste est absolument nécessaire – ne serait-ce que pour saisir la chance d'imposer ses thématiques. La Constitution française veut que l'essentiel des orientations politiques du pays soient décidées par l'exécutif et non par les parlementaires ; s'il est donc une élection qui soit propre à porter un projet de société alternatif, c'est bien l'élection présidentielle. Et le poids qu'une candidature écologiste peut exercer sur les orientations de la prochaine majorité est considérable. L'Allemagne nous devance déjà dans la prise de conscience, à tel point qu'un écologiste y est, pour la première fois, susceptible de devenir chancelier ; si la France, à son tour, est capable d'un geste fort, c'est l'Europe entière qui peut basculer. Et si l'Europe, sous le regard du monde, même avec peine ou hésitation devient bâtisseuse d'un avenir autre, alors qui sait ce dont la communauté internationale, inspirée par des perspectives nouvelles, sera capable ? Il faut que nous mesurions au seuil de quelle opportunité historique nous nous trouvons ! La voix de l'alternative écologique ne peut pas ne pas être portée aujourd'hui ; ce serait un gâchis sans nom.
Pour ce qui est des modalités, l'échéance est suffisamment éloignée : nous sommes à un an du scrutin ! Alors laissons la démocratie jouer son rôle, laissons le débat s'installer et voyons déjà quels rapports de force en ressortent. Si véritablement l'extrême-droite menace et qu'une alliance écologique et sociale satisfaisante ne peut être obtenue qu'à la condition d'un désistement avant le premier tour, soit. Nous aurons tout le temps d’analyser cela. Mais aujourd'hui l'heure est à convaincre tous ceux qui voudront être demain les alliés du changement, que nous ne bâtirons pas l'avenir en plantant quelques éoliennes de plus. Et si nous ne portons pas ce discours aujourd'hui, si nous ne le portons pas avec force et que nous ne l'imposons pas dans la conscience collective, alors les prochaines élections ne nous serviront qu'à choisir entre un statu quo vêtu de bleu et un statu quo vêtu de rose. Car ne nous y trompons pas : même si la sensibilité diffère sur quelques questions de société plus superficielles, ce que nous appelons aujourd'hui droite et gauche en politique française, ce sont les deux pans inverses mais réversibles d'un même modèle.




B) En quoi il serait irréfléchi d'exclure par principe une alliance au centre.
Lorsque l'on prétend réformer un modèle dominant, on ne peut se permettre de rejeter ou d'exclure. Une période de renouveau se doit aussi d'être période de rassemblement, d'ouverture et de réconciliation par-delà les erreurs passées et les inconséquences des uns ou des autres ; car ce qu'il faut alors, c'est engager toutes, absolument toutes les forces vives dont on puisse disposer. Que des citoyens ayant une culture centriste – ou même une culture de droite – pressentent que le modèle actuel est en train de précipiter l'humanité dans son déclin et se proposent de participer à une alternative écologique, quoi de plus sain ? De toute manière, le monde que nous avons à inventer ne sera pas de gauche. Il sera autre. Et nous n'y viendrons pas par idéologie politique – pas plus socialiste, que social-démocrate ou libérale. Nous y viendrons par nécessité pragmatique et, peut-être dans l'idéal, par aspiration élémentaire à une justice universelle. Il n'y a pas besoin d'être de gauche pour réprouver l'injustice que provoque le modèle économique dominant aujourd'hui... Et si donc une candidature centriste (qu'elle soit portée par M. Borloo ou M. Bayrou) en venait à dresser ce constat et désirait s'inscrire dans une réelle voie de changement, il serait irrationnel de la rejeter :
Ø Premièrement, parce que ce serait un signe tragique de fermeture et de dogmatisme adressé à leur électorat et plus largement à l'ensemble de la société civile.
Ø Deuxièmement, parce qu'on ne peut jamais connaître à l'avance l'issue d'une élection, et que si d'aventure le centre devait créer la surprise au détriment de la gauche, il serait totalement irresponsable de laisser encore l'écologie en attente pour cinq ans.
Ø Troisièmement, parce qu'il y a là l'opportunité d'une émulation saine qui mette en concurrence la gauche et le centre sur des questions profondes. En l'état actuel, l’une n’est pas tellement plus écologiste que l’autre : à peine le parti socialiste s'est-il avancé sur quelques propositions environnementales, encore insuffisantes et sans incidence économique. Aussi, dire à la gauche qu'aucun soutien de la part des écologistes ne lui sera « automatiquement acquis », c'est l'encourager à plus d'audace sur ses lignes. Et garder la porte ouverte aux centristes, c'est lui faire bien comprendre que cela est tout sauf une simple formule. Il faut déjà se préparer à l’éventualité la moins souhaitable : celle selon laquelle socialistes et centristes ne concèderont rien d'essentiel sans un rapport de force pour les y obliger. Et pour créer ce rapport de force, l'écologie aura trois outils : le poids que saura acquérir son propre candidat, l'adhésion qu'elle suscitera à ses problématiques chez le peuple et – afin de potentialiser ces deux premiers outils – la concurrence qu'elle saura instaurer entre ses potentiels alliés.
C) Pourquoi il importe que la Primaire écologiste soit ouverte.
Parce qu'il serait dramatique que l'écologie donne le sentiment d'être confisquée par un parti – et ce quelle qu'ait été l'importance de l'engagement de ce parti. Une mutation de société de l'ampleur de celle qui nous attend ne pourra pas être seulement affaire d'adhérents et de militants : elle devra démocratiquement engager l'ensemble de la société civile. De même, une Primaire visant à désigner celui ou celle qui portera ce projet de mutation, a le devoir de s'adresser à l'ensemble des citoyens. Il ne s'agit pas là de commodité de scrutin, il s'agit d'un préalable indispensable à la formation d'un quelconque élan populaire. Et si l'on désire rassembler au-delà de ses propres frontières – autrement dit, si l'on désire servir à quelque chose – on ne peut se permettre de laisser à quiconque l'impression qu'il n'aurait pas été convié à des décisions qui prétendent changer notre avenir.
Mme Duflot a d'ores et déjà apporté sa réponse sur ce point, et l'on pourrait résumer comme suit sa position : 1. « La Primaire n'a pas spécialement besoin d'être plus ouverte dans la mesure où EELV est déjà en soi un parti ouvert, proposant avec son statut de coopérateur une forme d'engagement libre. » 2. « EELV est un appareil démocratique, où les décisions qui tiennent au parti sont votées par le parti ; ce n’est donc pas à sa secrétaire nationale d’imposer des orientations. » Or, même s’ils sont louables dans leurs intentions, ces deux arguments font preuve de confusion dans ce qu’est un parti politique et ce que doit être son rôle au sein d’un pays. Un parti, ce n’est pas une république dans la République : c’est un outil au service de la société. Ce n’est pas un lieu de décision clos où les citoyens sont invités à souscrire : c’est un laboratoire de propositions et d’idées allant à la rencontre du peuple. La démarche même du rassemblement qu’est EELV était initialement de s’ouvrir à la société civile, dans toute la pluralité de ses sensibilités et de ses talents. Ceci étant, un parti ne peut résumer à lui seul le tout de l’écologie : de bien des manières l’on peut se sentir écologiste sans pour autant désirer souscrire à un parti. Cela ne relève pas nécessairement de la tiédeur ou du manque de conviction, mais simplement pour certains d’un désir de n’être pas catalogué. Aussi est-il impératif que tout citoyen aie, sans condition et à un tarif abordable, la possibilité de participer à la désignation du candidat écologiste. Cette Primaire ne peut se résumer à une simple « Primaire EELV » ; elle a le devoir, l’obligation d’être la Primaire de l’écologie politique. La situation l’exige, et l’opportunité politique le mérite.



2. Autour d’une candidature Hulot.

A) Pourquoi je crois en Nicolas Hulot.
Je crois en Nicolas Hulot parce qu’il me semble incarner à ce jour cette opportunité unique que l’écologie se doit de saisir. Je crois dans sa faculté de parler au peuple et de faire évoluer les consciences. Je crois dans la logique irrésistible de son engagement et dans les fruits qui lui restent à porter. De tous ceux qui sur la scène politique française appellent aujourd’hui à un modèle de société viable et renouvelé, je n’en vois aucun autre capable autant que lui de rassembler par-delà les clivages, de réactualiser les enjeux du débat démocratique et d’ébranler les contradictions et les conservatismes de notre société. En un mot, je n’en vois aucun autre capable autant que lui de faire bouger les lignes.
Il y a son aura, bien évidemment : vingt-cinq années de vie publique, d’affection, de partage, de complicité parfois. Être la vedette d’une émission télévisée qui célèbre la vie, l’aventure et la découverte, ce n’est certes pas un critère suffisant pour réussir en politique, mais cela instaure une relation privilégiée avec le peuple qui est fondamentale lorsque l’on veut délivrer un message. L’engagement de Nicolas Hulot s’inscrit dans une logique de parcours qui en fait un véritable témoignage pour la société : comment un jeune reporter un brin égocentrique et amateur de sensations fortes, prenant conscience de la beauté du monde et du péril qu’il encourt, s’engage-t-il dans la vie associative et devient-il un héraut national de l’urgence écologique ? Comment un homme populaire, aisé, n’ayant aucune accointance particulière avec la chose politique (et l’appréhendant même un peu), décide-t-il de quitter le confort d’une vie tranquille pour porter ses convictions au-devant des moqueries et des coups ? On pourra reprocher à Hulot toutes les hésitations, toutes les incohérences que l’on voudra, en aucun cas cela ne suffira à effacer les bienfaits de son œuvre ni l’évidente sincérité qui y a présidé. Le travail exercé sur les consciences, le message de solidarité, de compréhension mutuelle et de respect délivré au profit des peuples et de la biodiversité, sans même parler de l’inspiration et du rêve offerts à certains… tout cela est loin d’être sans incidence. Tout cela a contribué à créer le terreau où peut aujourd’hui germer l’idée que le modèle dominant est à réinventer.
Je redis : il faut que nous réalisions au seuil de quelle opportunité historique nous nous trouvons. Jamais depuis des décennies le contexte international n’a été aussi favorable à la subversion de nos politiques et de nos aspirations. La crise économique a définitivement fait tomber le mythe de l’autonomie des marchés ; les révolutions des pays arabes actent l’aube d’une nouvelle ère mondiale qui ne tolèrera plus indéfiniment l’écrasement des petits et des miséreux ; le drame nucléaire de Fukushima nous rappelle l’ampleur des dangers auxquels nous nous sommes exposés pour quelques délires de grandeur sans limite. Tout ce qu’ont prédit les porteurs d’alternatives malgré les railleries est en train de se produire ; et pour couronner le tout, jamais les mouvements écologistes européens n’ont été si fortement représentés. En pareille occasion, il est indispensable que le projet d’une alternative viable soit incarné par un homme fort, populaire et rassembleur. Or, qui d’autre que Nicolas Hulot peut aujourd’hui se permettre d’ignorer les clivages, et n’avoir pas à occuper une case de l’échiquier politique traditionnel pour exister ? Qui d’autre détient encore cette chance inouïe que de pouvoir parler indifféremment à tous, quels que soient le bord ou la sensibilité politique ? Entendons-nous bien : il ne s’agit pas de verser dans l’excès, de dire que Nicolas Hulot serait l’ultime écologiste et qu’il nous mènera tous unis vers des lendemains triomphants ; ce serait aussi ridicule qu’un slogan de campagne. Mais ce que je crois néanmoins, c’est que d’une manière ou d’une autre il peut être amené à jouer un rôle crucial sur les orientations de la prochaine majorité. Et cela mérite tout le soutien possible.
Nicolas Hulot n’en est qu’aux prémisses de sa campagne, mais il est d’ores et déjà clair qu’il possède les qualités requises pour s’imposer au cœur du débat démocratique : la réalité de ses convictions, ses qualités de pédagogue, sa persévérance ne font aucun doute. À cela, il joint de plus une inestimable fraîcheur de ton. Hulot n’est pas un politicien dans l’âme, il ne mène pas ce combat par ambition personnelle et n’apprécie guère la hargne partisane. Lui-même a dit quelquefois avoir peur de cette arène où l’on s’entredéchirait sans but. Tout à perdre, presque rien à gagner… Et pourtant le voilà. Sous les suspicions et les quolibets de quelques uns, l’étonnement et la curiosité des autres, le voilà qui tranquillement vient dire son message, appeler les citoyens à la réconciliation et à la responsabilité collective. De partout il surgit quelque vieux briscard pour lui dire, un sourire mi-amical mi-carnassier au coin des lèvres, que la politique est une tuerie entre égos hypertrophiés et qu’il va lui falloir lui aussi devenir une bête féroce. Lui, répond qu’il ne cèdera pas à ces sirènes, que le mot « juger » ne fait pas partie de son vocabulaire et qu’il n’a pas de temps à perdre avec les anathèmes et les postures outrées. Çà et là on le presse d’exposer sa doctrine, de faire la démonstration de son omniscience, sous peine d’être catalogué incompétent : « en combien de temps mènerez-vous la sortie du nucléaire ? », « quelles énergies alternatives privilégierez-vous ? », « dépénaliserez-vous le cannabis ? », etc. Lui, refuse de se prêter au jeu et répond qu’il n’a pas à donner d’avis sur tout : « ce genre de question, dit-il, est précisément ce à quoi l’on ne doit pas répondre de but en blanc pour plaire à tel ou tel électorat ; ça se travaille avec des experts, des gens compétents, et ça se décide de manière collective. » C’en serait presque déconcertant tant on nous a habitués aux affirmations et aux certitudes… Et pourtant, à bien y songer, n’est-ce pas cela l’attitude responsable que l’on est en droit d’attendre d’un homme politique ? C’est qu’il y a chez Nicolas Hulot ce quelque chose que les années de vie publique et d’exercice du pouvoir ont fait perdre, malgré eux sans doute, à bien des politiciens ordinaires : l’estime du peuple. Cette estime qui fait que l’on cherche à convaincre plus qu’à plaire, et que l’on voit dans son semblable un être doué de cœur et de raison, capable de penser plus loin que son intérêt propre. Venir au beau milieu d’une élection nationale appeler à la solidarité entre les générations et entre les peuples, et même à la « solidarité avec le vivant » (car il nous faudra bien réaliser à quel point nous sommes liés à l’avenir de nos écosystèmes), cela relève d’une formidable confiance dans la moralité citoyenne. Et continuer sur cette voie en clamant que notre progrès triomphant s’est bâti sur la misère du plus grand nombre, en rappelant l’humiliation subie chaque jour par les pays du Sud, en évoquant même la responsabilité historique de l’Occident dans la formation de la haine et du terrorisme, cela est si anti-démagogique que c’en deviendrait presque dangereux électoralement.
Peu importe, au fond : Hulot plaira précisément parce que plaire n’est pas son but. Et s’il tient sur cette ligne d’humilité et de rassemblement tout en préservant l’audace de son propos, il pourra réellement susciter l’attention et contraindre le débat. Cet homme est habité par l’idée de l’urgence écologique. La singularité de sa démarche, associée au capital de sympathie dont il jouit et à la force du message qu’il porte, en fait une véritable machine à interpeller les foules.



B) Ce que d’autres ne pourront pas : faire bouger les lignes.
Si j’ai parlé d’audace concernant les positions de Nicolas Hulot, d’aucuns rétorqueront – et ils auront raison – qu’il se trouve déjà sur l’échiquier politique d’autres personnalités appelant à la mutation du modèle économique dominant ou dénonçant l’exploitation des ressources et des peuples, et le faisant avec parfois plus de hargne et plus de force. Mais la chance unique dont jouit Hulot, c’est qu’il n’est étiqueté nulle part, et que ce discours habituellement réservé à la gauche de la gauche, lui est capable de le sortir de ses archaïsmes partisans et d’en faire ressentir l’urgence y compris à des électorats centristes ou sociaux-démocrates habituellement plus ronflants. D’autres auront beau le dire avec davantage de radicalité, leur voix semblera paradoxalement plus conforme parce qu’ils seront là où on les attend. Alors qu’à l’inverse, de mêmes convictions, portées avec plus de réserve, auront dans la bouche d’un Nicolas Hulot infiniment plus d’impact : parce qu’elles sont transgressives relativement à l’image que l’on se fait de lui, et que de ce fait elles peuvent faire bouger les lignes. Ce pouvoir-là, il est indispensable si l’on veut que s’opère un changement. Et à bien y regarder, quels candidats potentiels appelant à une alternative économique sont aujourd’hui capables de rassembler par-delà leur camp ?
Ø Tout d’abord il y a les écologistes traditionnels : Eva Joly d’une part, qui s’est ouvertement prononcée en faveur d’une « écologie de combat » non-consensuelle et circonscrite à la doctrine du parti ; Corinne Lepage d’autre part, plus ouverte mais lestée par le poids de défaites électorales qui, petit à petit, l’ont menée à s’effacer quelque part entre le centre et le centre-droit. La première assume une logique de clivage qu’elle défend avec véhémence, ce qui risque de la couper du plus grand nombre. La seconde peine simplement à se faire entendre.
Ø Vient ensuite le cas Mélenchon : un verbe clair, enflammé, parfois presque fascinant de force et de précision… mais aussi ce goût malheureux, presque compulsif, du vieux vocabulaire et des postures excessives qui le condamnent à une image de bolchévik furibond dont les trois quarts de la population auront toujours peur.
Ø Les trotskystes qui eux-mêmes ne prétendent pas gouverner.
Ø Et Marine Le Pen, enfin, dont la conversion à l’antilibéralisme tiendrait presque de l’affront au parti si elle ne ressemblait plutôt à une farce, tant elle s’inscrit en faux dans la ligne instaurée par le père. En fait, elle témoigne surtout que les seules constantes au fondement du Front national sont le repli identitaire et la xénophobie ; tout le reste n’était bel et bien que littérature. Mais cessons-en là et revenons à notre objet.
C) Ce qui peut lui porter préjudice.
J’aimerais pour finir, évoquer un certain nombre de critiques formulées à l’égard de cette candidature, dont certaines me paraissent légitimes et d’autres beaucoup moins. Premièrement, il y a des questions d’ordre politique tout à fait centrales et qui mériteront d’être éclaircies :
Ø Nicolas Hulot est-il capable d’investir d’autres champs que celui de l’écologie ? Sur ce point, je ne m’inquiète de rien ; ceux qui ont vu son film ou lu ses livres savent qu’il a opéré depuis bien longtemps l’élargissement de la notion écologique aux problèmes économiques et sociaux ; pour lui tout est lié, et c’est précisément cette cohérence qu’il est susceptible de démontrer à l’opinion. Quant aux questions de société, plus secondaires mais inévitables, il a déjà fait savoir que ses positions seraient à la tolérance et à l’apaisement dont notre pays a besoin. Il faudra veiller à ne pas paraître laxiste ou désinvolte sur certains points, sécuritaires et éthiques notamment, mais cela ne devrait tout de même pas être insurmontable.
Ø Au-delà du projet, saura-t-il porter un programme crédible et concret ? Cela reste à prouver. On a souvent les défauts de ses qualités, et si l’un des talents de Nicolas Hulot est de lier les choses entre elles afin d’en souligner l’unité, sa mauvaise tendance est de trop rester dans l’abstraction et le concept. Le concret sera pour lui un défi, et au risque de paraître professoral, Hulot ne devra pas craindre de reproduire – car il l’a déjà faite – la démonstration, illustrée et chiffrée, de la débâcle du modèle actuel. À quoi il devra rattacher un ensemble de propositions claires et distinctes, en matière de réforme fiscale principalement. Les premiers signaux sont plutôt bons, notamment la piste d’une fiscalité progressive visant à dissuader les excès de consommation au bénéfice des besoins essentiels. Mais la suite reste à apporter.
Ø Sans pour autant d’adonner à l’outrance ou à la démagogie, Hulot sera-t-il capable de fermeté dans ses alliances et de fidélité à ses principes même à l’encontre d’intérêts puissants ? La question est tout à fait légitime, mais le procès qu’elle sous-tend n’est pas forcément juste : que Hulot martèle sa confiance dans le « génie humain » ne signifie pas pour autant qu’il soit naïf. Il n’a plus vingt ans et n’est aucunement novice en matière de désillusions politiques. Ses années d’action associative et de médiation auprès des gouvernements en place l’y ont largement assez rodé pour qu’il sache où se trouvent les bonnes volontés. Quelles seront toutefois ses positions sur des questions plus conflictuelles comme la taxation du kérosène ou la révision des droits de douanes sur des marchandises en provenance du bout du monde ? La balle est dans son camp.
Puis il y a une seconde catégorie de critiques, plus inessentielles et relatives à son image, sans doute importantes dans la mesure où une élection présidentielle n’autorise aucun doute sur la personnalité d’un candidat, mais souvent pétries aussi d’une certaine mauvaise foi :
Ø La plus récurrente tient en un mot : « hélicologiste ». Pour certains, cela semble constituer une rédhibitoire contradiction que de défendre la nature en brûlant du dioxyde de carbone. Réaction spontanée, mais si peu réfléchie… Voudrait-on qu’il eût filmé des éoliennes et des parcs à vélo pour paraître plus propre sur lui ? Ushuaïa nature a sensibilisé des millions de téléspectateurs à la fragilité des écosystèmes et au respect de la planète ; cela n’a pas de prix.
Ø Il y a les shampooings et autres produits dérivés Ushuaïa, dont il n’a jamais initié la création puisque la marque ne lui appartient pas. Il touche dessus une redevance… qu’il met de côté pour financer lui-même de futurs documentaires sans TF1. Dans le genre, on a vu plus clinquant.
Ø Certains dénoncent également ses relations avec des dirigeants de droite, au rang desquels Jacques Chirac, Jean-Louis Borloo ou Nicolas Sarkozy… comme si cela constituait une nouveauté que le président d’une fondation d’influence agisse auprès des dirigeants en place. Après tout, si nous préférions qu’il en côtoie d’autres, nous n’avions qu’à les élire.
Ø Viennent enfin ceux que l’on s’acharne à appeler ses « sponsors » : EDF et L’Oréal entre autres, qui à un moment ou un autre ont participé au financement de sa fondation. Et l’on touche alors au non-sens le plus désarmant : comment voudrait-on qu’une fondation agisse si elle devait pour cela se retirer du monde et refuser les moyens dont elle dispose au prétexte que ceux-ci ne sont pas assez propres ? Hulot se défend en rappelant que ces financements entraient dans le cadre juridique du mécénat et qu’ils n’affectaient pas la liberté de sa fondation. Mais il pourrait aller plus loin : au fond, n’est-ce pas logique que ce soient ceux qui ont le plus participé à créer l’urgence écologique qui aujourd’hui en prennent – ne serait-ce qu’un peu – la responsabilité ? Ne soyons pas manichéens ; Marx lui-même disait qu’un groupe ne pouvait se résumer aux vices du système qui l’engendrait. De même, le fait qu’une entreprise soit polluante n’exclut pas que l’on puisse trouver parmi ses cadres des personnes ayant un tant soit peu de conscience. Et même si ce devait être de la naïveté de ma part, et qu’effectivement tout n’était qu’affaire d’avidité et de mensonge… alors cela ne serait-il pas une heureuse ironie du destin que ceux qui éreintent notre monde financent – au seul bénéfice d’un petit gain d’image – l’effort militant et associatif qui tôt ou tard renversera la logique sur laquelle ils se sont bâtis ?
Autant d’éléments un peu superficiels et pas toujours très rationnels qui, ceci étant, ne constitueront pas un réel handicap au-delà de certains milieux militants où l’excès de zèle accompagne pour beaucoup la ferveur des convictions. À ceux-là, néanmoins, j’aimerais dire que l’occasion est trop belle pour que nous nous permettions de la négliger. Que par-delà les dissemblances, les aspirations peuvent converger. Et que quand se présente à nous l’opportunité d’une telle candidature, capable de créer enfin un élan populaire autour de la question écologique – cette même question qu’il a été si rude d’imposer dans le débat démocratique – et capable de lui donner demain une réelle place au sein de la majorité politique… cette opportunité, nous devons la saisir.


Stéphane Hessel, à 93 ans, appelle à "s'indigner" en soutenant Nicolas Hulot !

Aucun commentaire:

Archives du blog