jeudi 5 mai 2011

Intercommunalité et supracommunalité

Et si nous revenions au local...
Et si nous reposions des questions simples.



L'intercommunalité est une coopération entre les communes.
La réforme des collectivités territoriales sarkozienne est une concentration des communes.

L'écologie politique, qui est une responsabilisation citoyenne, est incompatible avec une perte des pouvoirs des communes.
C'est pourtant ce qui est au cœur d'une réforme qui concentre les pouvoirs et institue des collectivités nouvelles qui conduisent à la mort des communes "à la française".



La coopération véritable résulte d'ententes et ne figerait pas des dispositifs qui font déléguer aux communes leurs responsabilités de façon irréversible.
Une collectivité territoriale, qui ne peut se retirer d'un organisme dont elle fait partie, n'est plus tout à fait une collectivité territoriale.

L'intercommunalité sarkozienne est une supracommunalité qui muselle les élus locaux tout à fait dans la logique de la monarchie républicaine modèle 5ème République.

Les socialistes français, s'ils conquièrent l'État en 2012, résisteront-ils à la tentation de maintenir un processus de centralisation limitatif de la démocratie ? Rien n'est moins sûr. Ils "tiennent" la majorité des communes, départements et régions, donc toutes les intercommunalités. C'est une garantie de la pérennité des mandats et donc de leur cumul.

Oui, donc, à une intercommunalité qui est un renforcement des possibilités d'agir des communes et non l'inverse. Rien n'indique que, sous la férule des préfets, l'intercommunalité à marche forcée y conduise !


Il y a France et France : la colbertiste, centralisatrice et monarchique et la "communiste" où interviennent, agissent et se solidarisent les citoyens.

Voir l'exemple du val d'Oise : http://
www.vonews.fr/article_13565

mercredi 4 mai 2011

Fukushima ne passera pas à la trappe de l'info

Sur un blog, du Nouvel obs. on peut lire ce qui suit. C'est sans nuance mais cela a le mérite de la clarté.

Fukushima : passé à la trappe de l’actualité, derrière les enfumages de princesses, de miracle, de benladenages. Et pourtant…

Et pourtant la catastrophe continue et s’amplifie. Le but n’est plus maintenant de sauver la centrale mais d’évacuer le site le plus tôt possible en « automatisant » la gestion de l’accident, essentiellement l’évacuation vers la mer du maximum des eaux très hautement radioactives des soubassements, des sous-structures et même des sous-sols

(Des échantillons collectés dans le lit marin à 15 km de la centrale contiennent 1.400 becquerels de césium 137 par kilogramme, selon Tepco Electric Power (Tepco). Ce chiffre est 600 fois supérieur au niveau maximum de 2,3 becquerels trouvé jusqu'à présent au large de la côte nord-est où se trouve la préfecture de Fukushima. Les échantillons prélevés vendredi dernier contenaient également 1.300 de césium 134 et 190 becquerels d'iode 131, selon un communiqué de Tepco. Ces analyses sont les premières effectuées sur le lit marin depuis l'accident du 11 mars).

Il n’est désormais plus question de remise en état des systèmes de refroidissement, de rétablissement de l’électricité, etc. Les seuls communiqués diffusés se font de plus en plus insistants sur le fait que le site devient « invivable » : certains réacteurs sont désormais inaccessibles, ça s’étend au site complet au travers de nappes d’eau etc. et que l’on trouve de moins en moins de volontaires pour y travailler… Au fait où sont les experts d’Areva et du CEA ? S’ils servaient à quelque chose, les cocoricos triomphants résonneraient… En fait on en est à gagner du temps avant d’annoncer l’inéluctable : l’évacuation et l’abandon du site. Avec la création d’une immense zone morte, sur un rayon minimal de 30, 40 km voire plus. Comme à Tchernobyl.

En France, pays le plus nucléarisé du monde (58 réacteurs !), le président a visité la centrale de Gravelines. Comme Fukushima une centrale vieille de 30 ans, comme Fukushima construite au bord de la mer, comme Fukushima avec 6 réacteurs. Et qu’a dit not’bon président ? « Ceux qui réclament un moratoire adoptent une position incompréhensible. Soit on croit dans la sûreté de nos installations et on continue d'investir, soit on n'y croit plus et on ferme les centrales. Mais dire qu'il faut faire un moratoire, ne pas bouger et attendre que le ciel nous tombe sur la tête, c'est le choix du Moyen-Age. » Une sarkonnerie de plus… Les Allemands, les Italiens, les Autrichiens et bien d’autres ont fait le choix de sortir du nucléaire et n’en sont pas à la bougie pour autant. Cet attachement à l'énergie nucléaire, c'est aussi peut-être parce la France n'a pas les moyens de débourser les 45 milliards d'euros nécessaires à la fermeture de son parc !

Parce que si on sait construire de superbes centrales (bien que la construction des fameux EPR pédale dans la choucroute), on ne sait pas déconstruire proprement et efficacement les centrales obsolètes ! Le démantèlement du réacteur expérimental de Brennilis, dans le Finistère, inquiète à ce point les riverains qu’il est stoppé depuis 3 ans et que les « experts » préconisent…d’attendre au moins 40 ans ! Devant le millier de salariés de Gravelines, Nicolas Sarkozy a pris « un engagement ferme », celui de développer la filière : « Votre métier a de l'avenir ». Bien sûr que les compétences de ces milliers de techniciens pourraient avoir une grande utilité : dans le démantèlement des centrales françaises bien sûr, mais avec une telle expérience, cette filière pourrait devenir n°1 dans le monde !

La question du nucléaire civil, en tout cas, sera LE critère primordial concernant le choix du futur président en 2012. Au-delà des clivages droite gauche, extrême-droite extrême-gauche, le critère doit être entre les tenants de la vie et ceux de la mort. Tenant de la vie ceux qui s’engageront fermement à sortir du nucléaire sur une génération (25 à 30 ans), tenants de la mort et du malheur pour des centaines de génération futures ceux qui prôneront le maintien et le développement du nucléaire.

Que les candidats se le tiennent pour dit.

http://lesaliboffis.blogs.nouvelobs.com/

lundi 2 mai 2011

Un avis qui vaut d'être connu

Nous n'avons pas de proximité idéologique avec Corinne Lepage. Ce n'est pas pour autant qu'il faut bouder ce qu'elle écrit quand elle donne à réfléchir !


Vous avez voulu de l’électricité bon marché et sans risque. Vous aurez de l’électricité chère et dangereuse.

Le mythe d’une électricité bon marché et sûre s’effondre. La faute en incombe soi-disant aux énergies renouvelables et aux investissements dans la sûreté. EDF et le lobby nucléaire, à commencer par le gouvernement qui en est partie intégrante, nous prennent pour des imbéciles.

Tout d’abord, le prix de l’électricité va monter de 30%. Pourquoi? Tout simplement parce que même si les centrales sont amorties, le coût réel du nucléaire commence à apparaître au moment où EDF va devoir assumer une très légère part de l’aval du cycle (parce que le contribuable va devoir en assumer l’essentiel) et financer ses investissements: renforcement de la sécurité d’une part, construction des EPR… Dès lors, non seulement le nucléaire n’est pas bon marché mais il devient très cher, aussi cher que l’éolien. Le contribuable-consommateur français a été prié, depuis 40 ans, par une politique délibérée de faibles taxes sur le prix de l’électricité, de consommer le plus possible et en particulier de se chauffer grâce à l’électricité ce qui est une aberration.

Aujourd’hui, la quasi-totalité du parc de logement social français est équipée en chauffage électrique ce qui signifie très clairement que ce sont les ménages plus modestes qui vont devoir supporter une hausse inéluctable du prix de l’électricité sans pouvoir adapter leur comportement si ce n’est en baissant la température des logements afin de limiter la facture ! Le mensonge éhonté qui consiste donc à continuer à parler d’un nucléaire bon marché et d’ENr chères persiste alors même que toute rationalité est sortie du débat. A aucun moment, une comparaison n’a été réalisée entre le coût d’un nouveau programme nucléaire, que le lobby veut à toute force imposer, et un vrai programme d’efficacité énergétique et d’énergies renouvelables. Pour faire passer le mensonge, toutes les manipulations sont bonnes: confondre investissements dans la sûreté (qui a été négligée depuis des années) et nouveaux réacteurs, biaiser les coûts du nucléaire et des autres énergies en faisant supporter par l’usager les coûts de raccordement dès lors qu’il ne s’agit pas de nucléaire. Ou encore prétendre que la rente nucléaire appartient à EDF qui se privatise alors qu’elle appartient aux Français qui l’ont financée. Ou encore ne pas prendre en considération le fait que les centrales sont amorties même s’il faut investir dans la sûreté et qu’en conséquence le prix réel de production est de plus en plus bas. Cette circonstance avait conduit Mme Merkel à imposer aux exploitants allemands une taxe destinée à financer les ENr en contrepartie de la prolongation de la durée de vie des centrales considérées comme du bénéfice net. Rien de tel en France où EDF se livre à un véritable hold-up sur le porte-monnaie des ménages. Ou enfin, la présentation du dilemme suivant -qui n’est d’ailleurs pas offert à la réflexion des citoyens français- le nucléaire est bon marché comme aucune autre forme d’énergie viable sauf à la payer plus chère. Sortir du nucléaire serait plus cher. Et bien, non. Le calcul n’est pas fait et il est très probablement en sens contraire. Sortir du nucléaire serait économiquement avantageux, si on raisonne de manière globale.

Nous payerons cher notre nucléaire à l’avenir et en plus nous sommes en situation de risque, ce qui en augmente les coûts.

Derrière les rodomontades et les roues de paon se cache une réalité avouée par les autorités de sûreté et de radioprotection qui est un truisme pour tous les esprits dotés de bon sens élémentaire: un accident peut se produire en France reconnaît M. Lacoste, responsable de l’ASN. A Kiev, lors de la conférence des Nations Unies sur la Sécurité Nucléaire sous l’égide de l’AIEA pour les 25 ans de Tchernobyl, M. Repussard, patron de l’IRSN affirmait un risque d’accident nucléaire pour 10000 réacteurs par an. Compte tenu du parc mondial actuel, environ 500 réacteurs, cela représente un accident tous les 20 ans. La France étant dotée du 2ème parc mondial avec 58 réacteurs, son risque statistique est élevé. 19 de nos réacteurs datent des années 70, certains sont en zone sismique, d’autres confrontés à un risque d’inondation, certains cumulent les 2. Or, toutes ces centrales, par souci de rentabilité, ont recours à la sous-traitance, aux petites économies d’où une explosion du nombre d’incidents.

Oui, le choix que le gouvernent fait est celui d’une électricité chère et dangereuse et à coûts exponentiels.

Tchernobyl ne fait que commencer

A l’heure où tous les regards se tournent (ou plutôt devraient se tourner vers Fukushima si la machine à désinformer n’étaient pas en doute), les 25 ans de Tchernobyl nous rappellent à la réalité. Certes, le lobby nucléaire mondial, mené par l’AIEA, a réuni une conférence à Kiev pour se congratuler de la qualité des efforts consentis depuis Tchernobyl en terme de transparence (sic!) et de sécurité (resic!!).

Certes, au cours de cette conférence, l’OMS dont la faiblesse insigne, voire l’inexistence est patente, a admis 10 000 victimes (après avoir défendu durant des années la thèse de 42 morts, puis de 4 000) et demandé des fonds pour faire des études sur les cohortes de liquidateurs qu’elle a ignorées pendant 25 ans, jugeant utile des études sur les effets à long terme de la catastrophe de Tchernobyl. Mais l’essentiel n’est évidemment pas là, si ce n’est le sentiment pour les auditeurs de la conférence dont j’étais, d’assister à un théâtre d’ombres de personnages hors des réalités, dont la confiance absolue en eux même et en leur technologie n’avait d’égale que leur arrogance et leur mépris du reste de l’Humanité.

Cet état d’esprit est d’autant plus abominable voire criminel que « Tchernobyl » ne fait que commencer.

Durant ces 25 ans, que s’est-il passé? L’héroïsme volontaire ou imposé des centaines de milliers de liquidateurs est une ineptie sanitaire : ils ont construit puis entretenu et solidifié ce qu’il est convenu d’appeler le sarcophage, coquille rouillée et perméable du réacteur numéro 4 et de ses 30 tonnes de combustibles, enfouis sous la structure et pour lesquels Framatome a échoué, au début des années 2000 à réaliser, du fait d’une erreur de calcul, les conditions de stockage dans un nouveau bâtiment (ISF 2), bloc de béton, abandonné à quelques centaines de mètres de la centrale. Des millions d’euros dépensés par les donateurs, au profit de leurs propres sociétés, sans compter les pertes en ligne pour le chantier : c’est une gabegie. Et surtout, une bataille a été gagnée à ce jour par le lobby pour rendre impossible l’évaluation reconnue internationalement des victimes de Tchernobyl.

Tout ceci devait conduire à permettre, au bout de 25 ans, d’affirmer que la question était réglée et que la situation était sous contrôle. Il n’en est rien.

Les conséquences sanitaires actuelles

Commençons par le drame des populations : pas seulement de celui des familles vivant dans le rayon de 30km qui ont été exilées, qui ont tout perdu et dont beaucoup ont été irradiées en raison de leur éloignement tardif ; mais surtout des populations vivant dans les zones contaminées, soit 10% du territoire de l’Ukraine auquel s’ajoute celui de la Biélorussie et la Russie. Or, le drame est que non seulement les adultes souffrent de maladies cardiovasculaires qui ont augmenté d’un facteur 4 mais aussi de cancers avec un taux de croissance de 500% dans la région de Gomel (Biélorussie). Le taux d’incidence augmente avec le temps et les invalides issus de Tchernobyl sont plus nombreux aujourd’hui parmi la population vivant dans les territoires contaminés que parmi les liquidateurs (dont il est vrai beaucoup sont morts). Mais le plus grave est ce que le Professeur Bandajevsky décrit comme un «génocide lent». D’une part, la baisse démographique dans tous les territoires contaminés. Une baisse de natalité de 9,3 pour mille et une hausse de mortalité de 14,2 pour mille a conduit à une baisse démographique de 4,9 pour mille en 1999 pour monter jusqu’à 5,9 en 2002 et 5,2 en 2005. Entre 1990 et 1999, le taux de mortalité a augmenté de 32%. Entre 1994 et 2008, la population de Biélorussie a diminué de 600 000 personnes soit 6% de la population. En Ukraine, la baisse a été encore plus importante: 5 400 000 personnes soit 8% de la population.

Cette baisse démographique s’accompagne d‘une situation alarmante de la santé des enfants. La morbidité pédiatrique a augmenté dans la région de Gomel de 100% entre 1986 et 1996. Le nombre de tumeurs chez les enfants a été multiplié par 2 entre 2001 et 2008. Dans le district d’Ivankov où je me suis rendue pour visiter l’hôpital, sur 5600 enfants (nés entre 1993 et 2011, soit bien après Tchernobyl) seuls 40 n’ont pas le statut de victimes de Tchernobyl. Le taux de malades ne cesse de progresser en raison en particulier d’une alimentation contaminée en Cesium 137 et en Strontium. En conséquence, 25 ans après la catastrophe, les conséquences sanitaires continuent non seulement à se manifester mais à croître pour ces enfants.

La contamination de longue durée des territoires

Une explication est avancée par l’équipe du professeur Bandajevsky (qui a fait 5 ans de goulag pour cette raison): la contamination la plus grave ne vient pas de l’iode 131 mais du Cesium 137 dont la durée de vie est beaucoup plus longue. 23% du territoire biélorusse reste aujourd’hui contaminé (plus de 37Bq/m2) et y vivent 1,4 million de personnes dont 200 000 enfants; les chiffres correspondants pour l’Ukraine sont 10% du territoire et 2,2M de personnes dont 500 000 enfants. La période du Cesium 137 est de 30 ans alors que celle de l’iode 131 est de…8 jours. On comprend l’empressement de la communauté nucléaire à refuser de prendre en considération l’importance du Cesium 137 et du Strontium alors que les corrélations entre ces éléments, leurs différentes incidences pathologiques et les zones contaminées sont clairement établies. Et on passe sous silence les zones interdites dont la spectaculaire ville de Pripyat, image de fin du monde humain, dans laquelle une nature post–accident nucléaire envahit les fragiles constructions humaines… Les autorités ukrainiennes ont pour leur part publié un atlas qui fait très clairement apparaître la persistance, sans grand changement des zones contaminées, au cesium, au strontium et au plutonium.

Le risque permanent de la centrale elle-même La réunion des donateurs visait à remettre la main à la poche à hauteur de plus de 2 mds d’euros pour refaire un nouveau sarcophage; il est vrai que 25 ans après l’explosion, la situation est très préoccupante. Outre que le risque de séisme est permanent -le dernier tremblement de terre date de 1991 avec une magnitude plus de 5 sur l’échelle de Richter- la durée de vie du sarcophage (30 ans) arrive à son terme avec un risque de désintégration. Une poussière radioactive, sous forme d’aérosols s’est formée dans le sarcophage et diffuse de plus en plus largement à l’extérieur en raison de la porosité de l’ouvrage. A l’intérieur, la présence de 600 kgs d’uranium 235 et 70kgs de plutonium 239 pourraient créer, selon certains spécialistes, un risque de réaction en chaîne incontrôlée et donc de nouvelles explosions à laquelle le sarcophage vieillissant ne résisterait pas. Il en va de même des 15 tonnes de combustibles nucléaires, enfouis sous le réacteur, dans des gaines dont on ignore tout du degré de corrosion et de destruction. Or, le nouveau projet de shelter ne s’attaque en rien à ce sujet qui est le plus fondamental et présente un risque permanent.

En conclusion, 25 ans après l’explosion, rien n’est vraiment réglé, même si le « business as usual » et la banalisation sont devenus les maitres mots de l’industrie nucléaire mondiale. On revient de Tchernobyl, d‘Ivankov et de Pripyat avec la conviction que non seulement l’industrie nucléaire ne maîtrise rien, mais qu’elle porte en elle une vision mortifère, un choix délibéré d’accepter la destruction des humains au nom d’une vision prométhéenne de l’humanité.


Crise de l'évaluation :

La crise de l'évaluation scientifique, technologique, économique, médicale... est, de toute évidence, un phénomène majeur de la société actuelle et de la crise plus globale de cette dernière. Le 27 avril, l'AFP diffuse une dépêche intitulée « Séisme : Standard and Poor's menace de dégrader la note du Japon ». Une notation qui porte sur les perspectives économiques, et sur laquelle Le Monde écrit dans une lettre d'information « Japon : perspective négative de la dette, coût élevé du séisme ». Mais qui notera les « experts » et les « gestionnaires » qui n'ont pas su prévoir et empêcher la catastrophe nucléaire de Fukushima ? Qui analysera les intérêts et les pressions qui ont pu influencer les évaluateurs du risque nucléaire avant cet incident destructeur, les éventuelles entraves à la transparence... ? Et qui osera évoquer la responsabilité des « experts en Economie » japonais qui ont soutenu la politique de délocalisations de ce pays ? Un article de Médiapart avec le titre « Tchernobyl : la controverse des chiffres et le syndrome japonais » dénonce à son tour un « climat scientifique imposé par l'industrie de l'atome », alors qu'un point de vue de l'historienne Miho Matsunuma publié par Le Monde alerte : « Attention, un deuxième Fukushima n'est pas exclu ». Dans un autre domaine, L'Express rappelle encore le scandale du Mediator avec « des experts amis des laboratoires, des essais cliniques tronqués ». Sur le gaz de schistes, Altermonde-sans-frontières évoque de son côté « un épouvantable rapport d’étape » (remis au gouvernement le 21 avril par la Mission d’inspection sur les gaz et huiles de schiste) et dénonce « le monopole de l’expertise technique ». Et que penser des « experts » de l'économie qui pendant des décennies ont cautionné l'évolution destructrice conduisant à la crise actuelle, ceux qui ont ouvertement cautionné la politique de délocalisations dans l'ensemble des pays « riches » ... ? C'est dans un tel contexte social et institutionnel que, se référant à un cas particulièrement dramatique de défaillance des experts qui vient d'être dévoilé dans l'affaire de Guantánamo, l'AFP écrit « Guantanamo: les médecins militaires ont "fermé les yeux" sur la torture ». Les médecins et psychologues de la base auraient eu un comportement partial, « ne cherchant pas à connaître l'origine des maux dont souffraient leurs patients ». A l'origine de l'information se trouvent deux articles publiés par PLoS Medicine, intitulés « Medical Complicity in Torture at Guantánamo Bay: Evidence Is the First Step Toward Justice » et « Neglect of Medical Evidence of Torture in Guantánamo Bay: A Case Series ».

[la suite, sur le lien http://science21.blogs.courrierinternational.com/archive/2011/04/27/crise-de-l-evaluation-guant%C3%A1namo-i.html ]


° Attention, un deuxième Fukushima n'est pas exclu :

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vendredi 29 avril 2011

Fukushima : informons-nous davantage !

La contamination continue.

Le CRIIRAD explique que « d’importantes quantités de produits radioactifs sont rejetées par la centrale nucléaire de FUKUSHIMA DAIICHI depuis le samedi 12 mars. Ce mardi 5 avril, soit 24 jours plus tard, les rejets continuent. Cela signifie que les apports d’air contaminé sur l’Europe dureront tout autant, avec un décalage dans le temps lié au déplacement des gaz et aérosols radioactifs sur quelques 15 000 km. »

L'organisation cite également un rapport technique de l'exploitant TEPCO et de l’autorité de sûreté nucléaire japonaise (NISA) qui « laissent craindre des rejets sur encore plusieurs jours voire plusieurs semaines ».

Si d’autres incendies se déclenchent ou si les opérateurs sont à nouveau contraints de relâcher de la vapeur afin d’éviter les explosions d’hydrogène, de nouvelles phases de rejets massifs pourraient survenir, met en garde l'institut.

http://www.euractiv.com/fr/sante/les-risques-de-radiation-en-provenance-de-fukushima-ne-sont-plus-gligeables-news-503952

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Appel lancé aux physiciens

http://www.sciencesetavenir.fr/actualite/crise-nucleaire-au-japon/

Fukushima : mais où sont les scientifiques ?

Harry Bernas, physicien, lance un appel sur Sciences et Avenir pour que les scientifiques dépassent leur rôle d’experts et deviennent acteurs du débat public.

Si les conséquences directes du tremblement de terre et du tsunami japonais sont évidentes et suscitent sympathie et solidarité sans équivoque, l’unanimité disparaît lorsqu’il s’agit de l’accident qui affecte les réacteurs nucléaires de Fukushima-Daiichi. La situation à Fukushima est “très préoccupante” selon plusieurs organisations internationales de contrôle nucléaire, et très loin d’être stabilisée. L’opérateur de la centrale, le gouvernement et le lobby nucléaire ont des raisons de rassurer, mais aussi de mal évaluer ou de minimiser les dangers.

C’est d’abord la chance et un vent favorable qui ont éloigné la radioactivité de Tokyo, et il est certain qu’un territoire significatif et une aire de pêche essentielles du Japon seront zones interdites pour des décennies. L’impact ultime sur la santé et l’économie est encore indéterminé, mais le problème est devant nous pour plus d’un siècle. Les scientifiques – surtout les physiciens – ont ici un rôle très sensible. Analyser et informer ne suffit plus. Après Three Mile Island et Tchernobyl, Fukushima symbolise un véritable changement pour l’avenir de l’humanité, et exige que les scientifiques dépassent le rôle d’experts pour devenir acteurs dans le débat public.

Au-delà de l’exploration de la nature, l’essence de la recherche et de l’éducation scientifique est d’apprendre à affronter au quotidien l’inattendu et les contradictions, à comprendre en quoi consiste l’incertitude, à “pré-voir”, à faire face à la complexité. Ces aspects sont totalement absents des desseins politiques et économiques actuels. Il est grand temps de se rendre compte qu’ils sont devenus indispensables pour rendre notre planète vivable et notre société démocratique. Affronter Fukushima requiert évidemment science et technologie, mais aussi un changement de perspective auquel les scientifiques peuvent contribuer. Trois exemples:

1. Le vocabulaire est trompeur: Il n’existe pas de catastrophe “naturelle”. La Nature est indifférente, les catastrophes sont affaire humaine. Nous occupons la terre entière: il s’ensuit que l’activité humaine, pacifique ou guerrière, induit des effets à l’échelle planétaire. Ce n’est pas la géologie qui crée les “désastres”, ce sont des actions humaines telles que la construction d’une ville ou d’une centrale nucléaire sur une faille géologique. Les phénomènes physiques ou chimiques qui produisent notre énergie n’ont pas à être “maîtrisés”. Ils requièrent évidemment toutes sortes de recherches, mais c’est bien la technologie – le comportement humain face à la nature – qui nécessite d’être maîtrisé. Fukushima montre à l’évidence que la mise en œuvre de l’énergie nucléaire met à l’épreuve la capacité humaine à faire face à ses propres choix.

2. L’humanité ne se contente pas de remplir l’espace, elle agit aussi sur le temps. L’énergie nucléaire et l’émission de radionucléides en est un symbole. Alors que tremblements de terre et tsunamis ont un effet immédiat, le temps de Fukushima est hors des gonds : la fuite de radioactivité affectera l’écologie et les habitudes alimentaires du Japon pendant des décennies. En réalité, la collision du long- et du court-terme, à Fukushima et ailleurs, eu lieu bien avant le désastre. La conception même des réacteurs, le tassement de six réacteurs à quelques dizaines de mètres les uns des autres, le placement des piscines de combustible irradié à l’intérieur même des bâtiments de réacteurs, la tentation de limiter contrôles et réparations, la mise en route d’une filière nucléaire en l’absence de méthode efficace pour traiter les déchets radioactifs… Aucun de ces dangers n’est intrinsèque à la nature physique de l’énergie nucléaire: ils ont tous une origine très humaine – le profit financier et (au départ) des applications militaires.

Les recherches sur des technologies de réacteurs nucléaires plus sûres et sur des sources d’énergies alternatives étaient bien engagées voici 40 ans. Si une vision à long terme avait été proposée et débattue alors, elles auraient progressé considérablement et le Japon aurait pu réduire ou éviter le besoin et les risques d’une confrontation de l’énergie nucléaire avec les mouvements de l’écorce terrestre. L’humanité, comme le climat, est un système complexe dans lequel la recherche de gains à court terme peut compromettre la survie à long terme. Fukushima nous le redit brutalement.

3. L’impact de nos activités étant aujourd’hui à l’échelle du monde, ne serait-il pas temps que l’humanité dans son ensemble tente un changement radical de paradigme, et que l’énergie, l’air et l’eau deviennent des biens communs recherchés, produits et distribués par tous pour tous? Nous savons déjà économiser l’énergie, accroître l’efficacité énergétique, évaluer le potentiel de nouvelles sources d’énergie, choisir la combinaison des sources adaptée à chaque région. Reste à le mettre en œuvre.

Reste aussi à résoudre des problèmes immenses : stocker et transporter efficacement l’énergie. Sont-ils plus complexes sur les plans scientifique, technique, économiques que ceux résolus pendant le dernier siècle, créeraient-ils moins d’emplois? Certainement pas. La vraie, l’énorme difficulté est de quitter une démarche orientée vers le profit immédiat et la minimisation des coûts, pour une démarche tendant à chercher des solutions stables, sûres, pacifiques et économiques dans la durée. Impossible? L’efficacité typique d’un moteur à essence a doublée à peine en 100 ans, alors que l’efficacité d’une mémoire d’ordinateur a été multipliée par cent millions en 40 ans. La différence : imagination et décision, détermination, et investissement massif dans une recherche à long terme plutôt que maximisation des profits. Le rôle des scientifiques pour faire apparaître de telles réalités est devenu crucial.

Dans le monde d’après Fukushima, les scientifiques ne pourront plus se satisfaire d’approvisionner en expertises et avis des décideurs politiques et économiques qui ont leur agenda propre, à plus ou moins courte vue. Sans arrogance et avec leurs concitoyens, il est grand temps pour eux de s’exprimer massivement et partager les responsabilités des décisions sociétales. Pour contribuer à concevoir un monde dans lequel les actions à court terme incorporent, sans les ignorer, leurs conséquences à long terme.

Harry Bernas

Harry Bernas est ancien directeur d’un laboratoire CNRS de physique nucléaire et de science des matériaux à l’université Paris-Sud, il étudie les effets d’irradiation dans les matériaux

http://www.sciencesetavenir.fr/actualite/crise-nucleaire-au-japon/20110420.OBS1656/exclusif-fukushima-mais-ou-sont-les-scientifiques.html



lundi 25 avril 2011

Hulot : engrangeons ses arguments ! Nous avons le temps...



Dans Le Parisien, Nicolas Hulot affirme son refus définitif du nucléaire. Prenons en acte.
Avec le refus de la croissance, le refus du système économique anti-écologique et l'exigence d'une responsabilité citoyenne menant à la sortie de la Vème République... il deviendrait difficile de ne pas sou
tenir sa candidature !

http://q.liberation.fr/photo/id/258569

Hulot : "il faut sortir du nucléaire,

Fukushima a achevé de me convaincre"

Publié le 25.04.2011,

Le candidat écologiste à la présidentielle a déclaré lundi que la sortie du nucléaire était désormais "un objectif prioritaire", soulignant que la catastrophe de Fukushima avait achevé de le convaincre.

"Fukushima est une démonstration qui achève de me convaincre que le nucléaire ne peut plus être la réponse à l'avenir énergétique de la planète", a déclaré à des journalistes M. Hulot, qui devait participer à Strasbourg à une manifestation pour réclamer la fermeture de la centrale de Fessenheim.

"L'objectif de sortir du nucléaire est un objectif prioritaire. C'est un changement d'état d'esprit", a reconnu le candidat à la présidentielle. "Je faisais partie de ceux qui accordaient une certaine confiance aux arguments des ingénieurs pronucléaires. Leurs arguments s'émoussent aujourd'hui à l'épreuve des faits", a-t-il poursuivi. "Je chemine. Je ne suis pas un dogmatique. Je suis horrifié par ce qui se passe à Fukushima et horrifié par le désarroi immense des acteurs politiques et scientifiques" face à cette catastrophe, a-t-il poursuivi.

M. Hulot, à qui sa rivale d'EELV Eva Joly avait reproché de ne pas avoir mentionné la question du nucléaire dans sa déclaration de candidature, s'est défendu de prendre position pour faire plaisir à son camp.

"Je n'affûte pas mes convictions à l'aune de ce que les militants écologistes ont envie d'entendre (...) La réalité a fait une démonstration implacable qu'on s'est trompés", a-t-il dit.

Il a estimé "envisageable" de sortir du nucléaire en "quelques décennies", tout en mettant en garde contre toute "précipitation" et en plaidant pour le "pragmatisme".

"Il faut faire jaillir un mix énergétique digne de ce nom, orienter les investissements en terme de recherche et de développement des énergies renouvelables, favoriser l'efficacité énergétique", a-t-il souligné.

mardi 19 avril 2011

Le dualisme occidental entre nature et culture n'est pas pertinent

Les amis de la Terre

La phrase ressemble à un bibelot empoussiéré dans un salon bourgeois : "La nature, aujourd'hui encore, demeure notre principale ennemie." Ces mots n'ont cependant pas été écrits par un vaillant scientiste du XIXe siècle, mais par Luc Ferry dans Le Figaro du 31 mars. Au sein du système oligarchique, Luc Ferry assure, avec d'autres, la fonction de donner un vernis intellectuel à l'impératif de maintien de l'ordre social actuel. On l'a ainsi vu valider le climato-scepticisme de son ami Claude Allègre ou déclarer qu'il préférait Marine Le Pen à Olivier Besancenot.

Donc, à propos de Fukushima, "la nature demeure notre principale ennemie". L'assertion oublie qu'il est étrange de bâtir des centrales nucléaires dans des zones sismiques, néglige que la compagnie Tepco a falsifié des informations importantes depuis 2002, ignore que les leçons de l'accident sismique sur la centrale de Kashiwazaki en 2007 n'ont pas été tirées. Bref, il n'y a pas de dommage causé par la "nature" indépendamment des actions humaines qui le préparent. C'est même un lieu commun depuis une dizaine d'années de caractériser le risque "naturel" comme une combinaison entre un aléa et la vulnérabilité.

Mais le plus intéressant dans cette conception de la nature comme ennemie est qu'elle exprime le clivage fondamental entre les conservateurs et la pensée écologiste. Pour celle-ci, le dualisme occidental entre nature et culture a perdu sa pertinence pour décrire le monde, en raison de la puissance de l'action humaine. Ce constat a d'abord été formulé par Hans Jonas, dans Le Principe responsabilité paru en 1979 : l'agir humain peut maintenant transformer la nature, qui, de ce fait, perd son autonomie ancestrale. Sous un angle différent, James Lovelock, avec sa théorie de Gaïa - également publiée en 1979 -, estime que l'humanité, en interagissant avec la biosphère, modifie le comportement de celle-ci. La capacité transformatrice de l'humanité développée par la révolution industrielle a été ensuite traduite sous le terme d'"anthropocène" : des scientifiques jugent que nous sommes entrés dans cette nouvelle ère, où l'humanité est elle-même devenue un agent géologique.

Selon les écologistes, l'humain a remporté la guerre qu'il a cru mener contre la nature, et sa victoire le met maintenant lui-même en péril : il a trop affaibli celle-là même dont dépend sa survie. Il nous faut rétablir avec la biosphère une relation pacifiée et symbiotique. Ceux qui se croient en guerre avec la nature accroissent le danger. L'avenir appartient aux amis de la Terre.