lundi 17 octobre 2011

Hulot riposte à Bruckner

Quelle fin du monde ? La fin de la Terre ou la fin d'un monde qui n'en finit pas de finir ?

On a beaucoup vilipendé Nicolas Hulot. C'est lui, pourtant, qui sait répondre aux accusations de catastrophisme de Pascal Bruckner !

Pascal Bruckner, vous n'y allez pas de main morte en écrivant : "L'écologie du désastre est d'abord un désastre pour l'écologie"...

- Pascal Bruckner Je distingue deux écologies, une de la raison et une autre de la divagation, une qui célèbre la nature et une autre qui accuse l'homme. Depuis une dizaine d'années, l'écologie, devenue l'idéologie dominante, instruit le procès de l'humanité et alimente l'angoisse des gens. Paradoxalement elle détourne les citoyens du souci environnemental : l'imminence de la catastrophe est telle que, quoi que nous fassions, c'est fichu.

- Nicolas Hulot Je m'inscris en faux contre l'idée que le sort de l'humain soit second. Notre référence cardinale, c'est l'homme. Celui d'aujourd'hui et de demain. Je ne vois rien de contradictoire avec la préoccupation environnementale : la science et l'observation nous enseignent qu'il y a une étroite communauté de destins entre l'homme et son milieu vivant. L'unique point d'accord que j'ai avec vous, c'est que le désespoir n'est pas mobilisateur. Ce qui rend d'ailleurs délicat l'exercice des lanceurs d'alerte parmi lesquels je me range. Si on donne le sentiment que les crises écologiques c'est toujours pour plus tard, ou que le génie humain trouvera sans coup faillir les remèdes, on devient complice de l'inertie ambiante. « L'habitude, disait Edgar Morin, c'est de sacrifier l'urgence à l'essentiel, alors que l'essentiel c'est précisément l'urgence ! » La seule fatalité que je craigne, c'est de céder au fatalisme. Et je suis triste que les intellectuels soient aussi silencieux sur ces enjeux majeurs et ne nous aident pas à redéfinir le sens du progrès.

Prenons le livre de Keynes, "les Conséquences économiques de la paix", écrit en 1919. Il y décrivait les scénarios du pire. Tout s 'est révélé exact. Faudrait-il proscrire la pédagogie de la peur quand elle est au service de la vérité ?

- P. Bruckner La peur a toujours été l'instrument des dictatures, qui veulent paniquer les peuples pour les infantiliser. On renverse complètement les présupposés de l'éducation classique, où l'on enseignait d'abord aux enfants comment affronter les dangers. Maintenant on brandit effroi comme école de lucidité. Or le catastrophisme n'a pour seul effet que de nous désarmer. Il y a dans de nombreux discours écologistes une tentation dictatoriale, déjà présente chez Hans Jonas, qui voulait confer la planète à une élite éclairée. Si demain, par malheur, on crée des commissaires politiques du carbone, je ne donne pas cher de nos libertés. Et puis, face à la menace d'une fin des temps, on oppose des gestes dérisoires : abandonner la voiture, manger végétarien, ne plus prendre de bains mais des douches. Remèdes ridicules !

- N. Hulot Vous confondez tout ! Les incitations aux économies d'eau ou d'électricité n'ont pour objet que de sensibiliser aux enjeux écologiques. Pas de les résoudre. Il faut maintenant trouver un autre modèle de développement en sachant qu'une croissance illimitée dans un monde limité n'est pas viable. Que 90 % des matières premières et des ressources naturelles puissent disparaître à la fin du XXIe siècle, ce n'est pas une vue de l'esprit. Nous ne sommes là ni dans la morale, ni dans l'idéologie, ni dans la religion. Je ne m'aventure pas à faire des pronostics sur la fin du monde, mais je suis convaincu que l'univers de demain sera bien différent de celui d'aujourd'hui. Contrairement aux apparences, la norme, ce n'est pas l'abondance mais la rareté. Or la rareté s'anticipe et se gère. Il ne faut pas s'inquiéter d'avoir à édicter collectivement et démocratiquement des limites.

Pascal Bruckner, vous avez remarqué que Nicolas Hulot fait appel aux intellectuels. Que lui répondez-vous ?

- P. Bruckner Les intellectuels sont utiles pour éviter au mouvement écologiste les dérives dans lesquelles il s'enferre. Tout comme le mouvement ouvrier du XIXe siècle était divisé entre le socialisme démocratique ou libertaire d'un côté et le prébolchevisme totalitaire de l'autre, l'écologie devra choisir. Ce courant autoritaire est d'ailleurs celui qui a battu Nicolas Hulot lors de la primaire. Je ne suis pas surpris qu'on lui ait préféré une juge d'instruction, certes talentueuse, mais qui mettrait volontiers des menottes au genre humain pour lui imposer des limites. Vous avez vous-même mis en garde contre une écologie punitive. Le slogan ridicule « Sauver la planète » ne sert qu'à culpabiliser les enfants ! Si les opinions ont été sensibles au climato-scepticisme, c'est que la thèse du réchauffement climatique a été assénée de façon dogmatique.

- N. Hulot Soyons sérieux ! La question du réchauffement ne se tranche pas à l'applaudimètre ! Ce n'est pas une affaire de sensibilité ou d'opinion. Il faut rappeler qu'à la suite de la Conférence de Rio en 1992 la communauté internationale a confié aux meilleurs experts mondiaux la mission de synthétiser les travaux scientifiques. Il s'avère que la part des activités humaines dans les changements climatiques est réelle. Et que certaines projections à long terme sont catastrophiques si on ne fait rien. N'est-ce pas un devoir d'alerter sur les risques du pire ? Je crois que chacun doit prendre sa part de responsabilité sur le futur. Je retourne bientôt au Tchad avec la représentante des peuples sahariens et nomades dans les négociations sur le changement climatique. A Copenhague, elle m'avait dit cette phrase : « Pour vous, le réchauffement, c'est parfois agréable parce que vous êtes entee-shirt l'hiver. Mais nous, nous sommes déjà dans le tunnel de la mort ! »

- P. Bruckner Que je sache, il a toujours fait assez chaud dans les pays sahéliens ! Plutôt que d'élaborer des scénarios effrayants, pourquoi ne pas s'adapter ? La meilleure réponse aux dérèglements du climat, c'est le développement des pays pauvres, qui doivent se donner les moyens de résister aux aléas naturels. C'est d'ailleurs ce que font les pays émergents, qui tentent de corriger les dégâts de la croissance. Eux connaissent la catastrophe, c'est-à-dire la faim, la pauvreté, la maladie. C'est pourquoi nos discours alarmistes sont inaudibles en Chine, en Inde ou au Brésil, même si ces pays sont conscients des problèmes environnementaux. Leur pari, c'est de promouvoir une vie décente pour des milliards d'hommes sans épuiser les ressources. Les Chinois sont numéro un pour la fabrication des panneaux solaires. Je me demande si le discours catastrophiste n'est pas que le cri dépité des anciennes nations dominantes, Europe et Amérique, réalisant qu'elles ont perdu la main et que les colonisés d'hier leur ont volé le feu. Nous voudrions mettre un terme à l'histoire industrielle, mais les autres peuples nous laissent à nos anathèmes et poursuivent autrement l'aventure du progrès.

- N. Hulot Quand vous dites qu'il a toujours fait chaud au Sahel, ça me choque. Il faut tout de même réaliser ce qu'un minuscule degré de plus signifie dans la bande sahélienne. Au Darfour, c'est précisément ce degré-là qui a déclenché un basculement climatique et contraint les éleveurs de chameaux nomades à se déplacer et à entrer en compétition avec les pasteurs. Vous me reprochez de ne pas avancer de solutions toutes faites et vous avez raison : je n'ai pas réponse à tout. Mais ma vision est très nette. Il convient d'abord de fixer des limites qui ne soient pas des privations. Car le progrès, c'est ma conviction, vaut autant par des acquiescements que par des renoncements. Et à cet égard vous faites une lourde erreur quand vous évoquez la Chine. Pékin a cent fois mieux que nous anticipé l'épuisement des ressources. Là où l'Europe a un diplomate en Afrique, les Chinois en ont dix pour accaparer les terres rares ! Ils ont pris conscience qu'ils ne pourront pas se développer à l'identique de l'Occident.

- P. Bruckner Je vous accorde que vous incarnez une écologie humaniste. Et c'est pourquoi vous avez été battu à la primaire. Il y a d'autres courants, notamment chez les militants pour qui les droits du vivant ont la préséance sur les droits de l'homme. On nous explique, c'est la position d'un Michel Serres, qu'il faut accorder un droit à la nature ou encore « penser comme une montagne » (Aldo Leopold) contre les humains prédateurs. Ce faisant, on oublie que défendre une forêt contre la cupidité d un entrepreneur minier, c'est toujours opposer certains hommes à d'autres hommes. Les falaises, les bovins, les oiseaux ont droit à notre protection, mais ils ne peuvent plaider leur cause eux-mêmes. Au lieu d'invoquer une guerre entre l'homme et les espèces animales, il conviendrait de plaider pour une solidarité du vivant. Pour un anthropocentrisme élargi.

Les écologistes, écrivez-vous, seraient des « ventriloques » qui parlent au nom des générations futures. Préserver les intérêts de l'humanité à venir ne date pourtant pas d'aujourd'hui. C'était déjà une préoccupation de Condorcet...

- P. Bruckner Le chantage à l'avenir a toujours été un moyen de tyranniser les hommes : le christianisme expliquait déjà que les péchés commis sur terre se paieraient au centuple en enfer. Le marxisme exigeait le sacrifice des masses populaires pour le bonheur des générations qui vivraient un jour dans le paradis socialiste. Nous sommes responsables de nos enfants et de nos petits-enfants, mais au-delà, cette charge devient abstraite : l'étendre à notre descendance sur cent ou deux cents ans est absurde ! On prend le risque de tyranniser les générations présentes sous prétexte de sauver une humanité future dont on ne sait rien. Tout subordonner à la survie permet en outre de détourner le regard des injustices du temps présent. Ce que je vois dans le courant écologique, c'est un phénomène très classique en Occident : le retour, au nom de la défense de la Terre mère, de la peste ascétique. Est-ce se conduire en enfant gâté que de vouloir, quand on appuie sur l'interrupteur, que la lumière soit et non qu'on réduise de 50% notre consommation d'électricité comme le suggérait Yves Cochet ? Va-t-on éteindre les villes la nuit, revenir à l'époque de la bougie, comme semblent le souhaiter les décroissants ?

- N. Hulot Ce qu'il faudrait surtout éviter, c'est de n'avoir pas d'autre alternative que celle de la bougie ! Encore une fois, nous puisons l'essentiel de notre énergie et de nos ressources dans des stocks finis qui arriveront forcément à épuisement. Si on veut éviter le rationnement et la régression, il faut que nous nous fixions collectivement des bornes. Exactement comme on l'a décidé pour les ressources halieutiques. On a imposé en Europe des quotas de pêche et les scientifiques contrôlent régulièrement les résultats. Parfois, oui, ils disent : là, il faut arrêter, sinon les thons rouges ne pourront plus se reproduire et ils disparaîtront. Quand on intervient trop tard, comme ce fut le cas avec la morue, les stocks ne sont toujours pas reconstitués cinquante ans après. Nous sortons à peine de cette illusion de l'abondance. Je ne plaide pas pour une société ascétique, mais je crois qu'il y a certainement un point d'équilibre qu'il faudra bien trouver entre l'ascétisme obligatoire et le gâchis inconscient. 20% de l'humanité qui consomme 80% des ressources de la planète, comment appelez-vous ça ? L'idée n'est pas de pénaliser l'homme d'aujourd'hui au nom de l'homme hypothétique du troisième millénaire. C'est plutôt de concilier l'ensemble des contraintes et, dans beaucoup de domaines, on sait déjà faire. Prenons l'exemple de l'injustice sociale dont vous supposez à tort que l'écologie ne se préoccupe pas. C'est tout le contraire ! Si nous ne partageons pas les richesses, et vite, un risque majeur d'explosion est à craindre parce que, dans un monde interconnecté, tout se voit et tout se sait. Vous mettez donc dans le baril de poudre des inégalités un puissant détonateur : l'humiliation. Pour moi, l'écologie ce n'est pas une préoccupation de plus à un moment critique de l'histoire, c'est l'histoire tout court.

- P. Bruckner Je reste confiant dans le génie humain, dans sa capacité à surmonter les problèmes qui se posent à lui. Tout en étant conscient de l'extrême difficulté de notre situation. J'observe une attitude ambiguë dans le mouvement écologique vis-à-vis de la science. D'un côté, il dresse une critique du progrès et de ses dérives déjà présente chez Rousseau. De l'autre, il invoque en permanence les études des savants qui justifient son combat. "Les scientifiques nous disent...", ainsi commencent toutes les objurgations vertes. C'est sur des travaux savants que les écologistes s'appuient pour asséner que la Terre a épuisé les ressources disponibles. Mais la science est d'abord une école du doute qui ne cesse de réfuter ses erreurs passées. A bien y regarder, l'écologie est en fait piégée dans l'idéologie qu'elle dénonce : celle du progrès, du calcul et du scientisme. Que savons-nous des capacités de la Terre à encaisser les pollutions contemporaines ou même le réchauffement ? Vous remarquerez que les bonnes nouvelles ou les progrès déjà réalisés sont généralement passés sous silence puisqu'il s'agit en permanence de nous accabler, de nous décourager. On ne nous dit jamais, par exemple, qu'il y a plus de forêts en France en 2011 qu'au XIXe siècle, qu'on respire mieux à Paris aujourd'hui qu'en 1960 ou encore que les déchets de plastique qui flottent dans l'océan Antarctique sont déchiquetés en petites billes par des bactéries. Il y a une réversibilité des dommages, la nature peut produire des contre-pouvoirs aux pollutions qu'elle affronte. Et si les stocks naturels sont limités, les ressources intellectuelles, elles, sont illimitées. Je refuse à me complaire dans une vision sombre des temps à venir. Je crois que le remède se trouve dans le mal et au sein même du progrès et de la science qui ont généré, c'est exact, des ravages effroyables mais les ont aussi corrigés. Je ne comprends pas la diabolisation des OGM ou plutôt je comprends trop bien qu'en détruisant les parcelles les faucheurs volontaires font le jeu, sans le savoir peut-être, des puissantes multinationales américaines qui n'ont plus de concurrents français.

- N. Hulot Comme disait un des mes amis économiste américain, Amory Lovins, l'optimisme et le pessimisme sont les deux facettes d'une même médaille : la résignation. Dans les deux hypothèses, soit que tout s'arrange, soit que tout s'effondre, on reste passif. Or il y a des processus irréversibles et d'autres sur lesquels on peut agir. Pour la couche d'ozone, l'amélioration s'explique pour une bonne part par l'interdiction des aérosols. En revanche, quand mon camarade Yves Coppens lançait l'idée que pour limiter le réchauffement climatique on pourrait modifier l'axe d'inclinaison ou de la rotation de la Terre grâce à des charges atomiques, je crois qu'on s'égare. Comme le disait Jean Rostand : « La science a fait de nous des dieux avant défaire de nous des hommes. Et pour l'heure nous ne sommes encore que des hommes. » J'ai autant foi que vous dans le génie humain, mais les menaces ont changé d'échelle. Pour la première fois, les emballements risquent bien de nous échapper. Peut-être bien qu'après-demain on pourra capter une infime partie de ce que le Soleil fournit en énergie à la Terre et que cela suffirait à répondre à nos besoins. Mais on n'en est pas là. Et pour arriver sain et sauf à ce rendez-vous, il faudra un nouveau modèle économique pour que l'ère des vanités fasse place à celle de l'humilité.

Vous n'avez pas évoqué Fukushima. Cette catastrophe ne vient-elle pas précisément donner raison aux catastrophistes écolos ?

- P. Bruckner Quand c'est arrivé, j'ai noté une étrange volupté du désastre chez certains prophètes de l'horreur annonçant « la fin du progrès », tel Ulrich Beck ! Pour eux, ce fut une divine surprise : enfin ils avaient leur second Tchernobyl. Il y a des amoureux de la catastrophe qui l'attendent comme d'autres l'arrivée du Messie. Six mois après, on compte peu de morts, même si des conséquences funestes sont à craindre et que les négligences de l'entreprise Tepco sont criminelles. Je veux bien qu'on arrête l'énergie nucléaire civile, mais par quoi la remplacer dès lors que les énergies renouvelables ne renouvellent pour l'instant pas grand-chose ?

- N. Hulot Je ne peux pas laisser dire qu'un seul écologiste digne de ce nom puisse se réjouir de la catastrophe de Fukushima ! Que les événements viennent avaliser ou infirmer mes inquiétudes ne me conduit pas à faire des hiérarchies dans l'affliction. Simplement, lorsqu'une société n'est pas capable de contenir dans le temps et l'espace les conséquences d'un risque technologique, il faut arrêter. À Fukushima, on a vu que le personnel scientifique et politique était dépassé. Pour moi, c'est la démonstration de trop. Si on répond aux besoins énergétiques de la planète par l'atome, on aura statistiquement un accident tous les cinq ans. Et qu'un territoire puisse être contaminé sur 50 kilomètres pendant plusieurs générations, ce n'est pas l'idée que je me fais du progrès.

Recueilli par Guillaume Malaurie et Maël Thierry - Le Nouvel Observateur

(Article publié dans Le Nouvel Observateur du 13 octobre 2011).


Mensonge ou réalité ?

dimanche 9 octobre 2011

Mensonge ou crime d'État ?

Émission passée le 9-10-2011
S'y reporter pour avoir les images et des documents :
http://www.franceinter.fr/emission-interception-corse-un-nuage-en-travers-de-la-gorge

Corse : un nuage en travers de la gorge ; un reportage d'Emmanuel Leclère

Le 26 avril 1986, en Union Soviétique, une explosion secouait la centrale nucléaire ukrainienne de Tchernobyl. Quelques jours plus tard, les 2 et 4 mai, le détecteur de radioactivité des pompiers corses d’Ajaccio se déclenchait. Après avoir débranché et saisi cette balise afin de l’examiner, les services préfectoraux de l’île concluaient à un dysfonctionnement… A l’époque, les autorités politiques et scientifiques de France écartaient tout danger pour la population. On le répétait aux Français : ils n’avaient rien à craindre des particules radioactives du nuage de Tchernobyl dont l’ombre s’étendait dans le ciel européen depuis le jour de l’accident. On ne leur donnait aucune consigne d’ordre alimentaire. On ne les invitait pas au confinement.

Baie d'Ajaccio © Radio France - 2011 / Emmanuel Leclere

Vingt-cinq ans après les faits, il n’est pas rare de croiser en Corse des femmes et des hommes dont le cou présente une large cicatrice. C’est le signe distinctif de ceux qui ont subi l’ablation de la thyroïde.

Quand le nuage empoisonné de la centrale nucléaire ukrainienne est passé au-dessus de leur tête, il a déposé ses poussières à la surface des sols sous l’effet brumisateur d’une pluie fine. Une bruine enveloppait l’île. La radioactivité a pu ainsi se déposer sur les végétaux consommés par les vaches, les brebis et les chèvres. Le lait a été contaminé : les prélèvements réalisés en mai 86 par un médecin de campagne de Balagne en apportent la preuve. Après en avoir révélé les résultats alarmants, le docteur Fauconnier a subi une intense campagne de dénigrement.

Aujourd’hui à la retraite, ce praticien généraliste se bat toujours pour établir le lien entre la catastrophe nucléaire de Tchernobyl et le développement des pathologies thyroïdiennes en Corse. Il est suivi à présent par la Collectivité Territoriale de l’Ile de Beauté dont les élus ont décidé l’ouverture d’une enquête épidémiologique. Les conclusions de cette étude permettront peut-être de savoir bientôt si les dirigeants français de 1986 ont menti à leurs compatriotes et si -par voie de conséquence- des milliers d’insulaires corses souffrent depuis 25 ans dans leur chair à cause d’un mensonge d’État.

Corse : un nuage en travers de la gorge ; un reportage d'Emmanuel Leclère

jeudi 22 septembre 2011

Etats-Unis: Michael Moore boycotte l'Etat où Troy Davis a été exécuté

Il faut se rebeller contre le crime d'État. Soit ! On ne peut vivre dans pareil environnement raciste. Soit ! Pourtant, la Géorgie est-elle seule en cause ? Pourquoi le tout puissant président des États-Unis est-il astreint au silence ? Quelle conception de l'homme domine dans cet univers fédéral ? Comment n'a-t-on pu empêcher l'irrémédiable alors que tout n'était pas dit ? Comment peut-on encore, en occident, recourir à la peine de mort ? Troy Davis sera, pour longtemps, l'exemple même auquel vont se référer ceux qui ne veulent pas qu'un homme ait droit de mort sur un autre?

La révolte de Michael Moore est saine, mais elle est tout aussi impuissante que la nôtre. Il faut refuser ce monde-là, désespérant, qui ajoute l'odieux à l'erreur.

Le rebelle de l'environnement est celui qui se lève non seulement contre les atteintes à la nature mais contre les atteintes à l'homme.

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WASHINGTON — Le cinéaste américain Michael Moore a décidé de faire retirer des librairies de Géorgie tous les exemplaires de son dernier livre pour protester contre les "assassins" qui dirigent cet "État meurtrier" aux États-Unis, où Troy Davis a été exécuté mercredi soir.

Le cinéaste et auteur a annoncé jeudi sur son compte Twitter qu'il avait "demandé à son éditeur d'enlever tous les exemplaires de (son) livre de toutes les librairies de Géorgie", un État du sud-est des États-Unis.

"Je ne veux pas faire d'affaires avec un État qui autorise ces actions haineuses", ajoute-t-il, "je ne veux pas faire d'affaires avec un État où la majorité de la population permet le meurtre d'innocents".

Sur son site internet, le cinéaste "encourage tous ceux que je connais à ne jamais se rendre en Géorgie, à ne rien acheter qui vient de là, à ne pas faire d'affaires avec le Géorgie".

Si son livre n'est pas retiré, "je ferai don des droits d'auteur rapportées par le livre en Géorgie pour aider à triompher des racistes et des assassins qui dirigent l'État. Je demande à tous les Américains qui ont une conscience d'éviter tout ce qui a à voir avec l'État meurtrier de Géorgie", déclare-t-il.

Le cinéaste est actuellement en tournée promotionnelle pour son dernier ouvrage, un livre de mémoires, "Here comes trouble" (Et les ennuis arrivent).

Troy Davis, un Afro-Américain de 42 ans, devenu un symbole de la lutte contre la peine capitale, a été exécuté mercredi aux États-Unis par injection mortelle après avoir clamé son innocence jusqu'au bout, malgré les doutes sur sa culpabilité et une mobilisation internationale.

Il avait été condamné à mort en 1991 pour le meurtre d'un policier blanc.

lundi 19 septembre 2011

Le Conseil d’État juge abusive l’autorisation du Cruiser 350

Hier, le Conseil d’Etat a finalement délibéré sur la légalité de l’autorisation de mise sur le marché (AMM) de l’insecticide Cruiser 350, délivrée par le ministre de l’agriculture, Bruno Le Maire, pour l’année 2010. Le rapporteur public, Monsieur Edouard Geffray, a conclu à l’annulation de l’AMM de ce pesticide. Il a également demandé la condamnation de l’Etat au profit de l’Union Nationale de l’Apiculture Française (UNAF), à l’origine de la demande d’annulation de l’AMM.

De 2008 à 2011, le ministre de l’agriculture a renouvelé, année par année, des autorisations de mise sur le marché du Cruiser et du Cruiser 350, deux appellations commerciales distinctes pour désigner des produits identiques. Lors de l’audience du 14 septembre dernier, le Conseil d’Etat a réprouvé ces méthodes de délivrance insidieuses, reposant sur une dérogation renouvelable à l’infini. Ce système privant toute juridiction du temps nécessaire à l’évaluation d’une nouvelle AMM pour l’année suivante, le ministre de l’agriculture a donc accordé chaque AMM annuelle pour le Cruiser 350 en l’absence de preuves de l’innocuité du produit. Les mêmes pratiques ayant été mises à jour pour les AMM précédentes, le Conseil d’Etat avait déjà annulé les deux premières AMM du Cruiser début 2011. Selon toute vraisemblance, l’AMM du Cruiser 350 pour 2010 devrait subir le même sort.

Pour Olivier Belval, président de l’UNAF : « Après le Gaucho en 1999, 2002 et 2003, le Régent en 2004, le Cruiser pour 2008 et 2009 et aujourd'hui le Cruiser 350 pour 2010, on voit le peu de cas qui est fait de la protection de l’environnement par les institutions publiques qui en sont les garantes et la difficulté pour nos juridictions de freiner la dérive ». Il est à espérer que les arrêts successifs rendus par le Conseil d’Etat dissuaderont le ministre de l’agriculture d’autoriser le Cruiser 350 pour la campagne 2012.


abeille



samedi 17 septembre 2011

Fukushima : même au Japon, on n'a pas encore compris...

On sacrifiera la NISA, mais pas le nucléaire... Trop d'intérêts sont en jeu et le Japon "n'a pas les moyens" de sortir du nucléaire, s'il veut conserver le niveau énergétique dont il a besoin pour conserver son niveau de vie ! Infernal...

Tepco


La NISA dans la tourmente

L’autorité de sureté nucléaire et industrielle japonaise est sous le feu des critiques. Notamment parcequ'elle s'est limitée, au début de la catastrophe, aux informations de Tepco sans même aller sur le site. Le 2 septembre, la NISA était accusée d’avoir su dès le début de l’accident le risque de fusion des réacteurs mais de ne pas avoir utilisé ces données pour orienter le gouvernement dans l’évacuation. Aujourd’hui, un autre scandale compromet son existence. D’après plusieurs journaux japonais, la NISA aurait sollicité la participation de salariés pro-nucléaires d’entreprises de production d’électricité à des colloques dans le but d’influencer l’opinion publique en posant des questions préparées à l’avance. Suite à ces révélations, le gouvernement a pris la décision de réformer cette institution dépendante du METI (Ministry of Economy, Trade and Industry). L’année prochaine, elle devrait désormais passer sous l’égide du ministère de l’Environnement et sera notamment chargée de la décontamination autour de la centrale.

http://www.gen4.fr/blog/2011/08/lagence-de-s%C3%A9curit%C3%A9-nucl%C3%A9aire-japonaise-nisa-naurait-pas-pr%C3%A9venu-les-pays-voisins-dune-contamination-volontaire-de-lo.html

Voir, en outre, cette info, reprise par Médiapart. Instructif !

http://www.novethic.fr/novethic/ecologie,energies,nucleaire,japon_lobby_nucleaire_s_accroche_malgre_crise_fukushima,135206.jsp?utm_source=newsletter&utm_medium=Email&utm_content=novethicInfo&newsletter=ok

jeudi 8 septembre 2011

Non-lieu de Tchernobyl : l’AFMT contre-attaque

25 ans après le survol du nuage radioactif de Tchernobyl sur l’est de la France, la cour d'appel de Paris vient de clore l’enquête ouverte en 2001 sur l’impact du nuage sur un non-lieu général.


L’Association des malades de la thyroïde (AFMT) s’y attendait, mais la pilule est amère. Selon le ministère public, les analyses scientifiques prouvent que la catas trophe nucléaire de 1986 n'a pas eu de conséquences sanitaires mesurables en France, et qu’aucun lien n'a été établi avec des maladies de la thyroïde. L’ancien directeur du Service central de protection contre les rayons ionisants, le Pr Pierre Pellerin, mis en examen pour "tromperie aggravée" a été mis hors de cause. "Nous sommes très en colère", explique la fondatrice et co-présidente de l’association Chantal L’hoir à la rédaction de La Chaîne du Cœur.

http://www.lachaineducoeur.fr/index.php?page=detail-news-du-coeur&nid=2283

Face à "une décision plus que brutale", l’association, qui existe depuis 1999, a pris ses dispositions. Elle se pourvoit en cassation et appelle tous les présidentiables à se prononcer sur la suite ou non du procès. "L’être humain pèse peu dans la balance de l’économie et de la finance. Mais heureusement, il y a l’Europe. C’est un procès international. Il faut que l’on sache quel monde nous laissons à nos enfants" poursuit la présidente, rappelant que 27 des 650 plaignants sont décédés depuis le début de l’instruction.

On ne peut pas dire que l’harakiri nucléaire de Fukushima nous ait donné des ailes" regrette t-elle, ajoutant "tandis que l'Allemagne bouge, la France subit en silence. On est face à une véritable pieuvre. Un pouvoir corrompu depuis sa base. La logique économique est impitoyable". Un avis partagé par le député Europe Ecologie-Les Verts Noël Mamère, qui dénonce un "déni de justice qui prouve la force du lobby nucléaire dans notre pays ». De son côté, Eva Joly, candidate EELV à la présidentielle, s’indigne "d'un état au-dessus des lois" et invite l'association à "poursuivre sa quête de justice".

Pour Chantale Garnier, la co-présidente de l’association, "on a bafoué les malades. On protège quelqu'un qui était censé nous protéger et qui n'a pas fait son devoir". Chantale Garnier, 58 ans, retraitée, a développé un cancer de la thyroïde dans les années 1990. Elle a alors 35 ans et trois enfants à charge. "Nous cherchons juste à faire reconnaître les pathologies de la thyroïde. Car si on nous assène que nous avons un "bon" cancer, c’est un véritable calvaire. D’autres problèmes se greffent à la maladie. Régime, cholestérol, manque de potassium, hypertension, syndrome de Raynaud… Des handicaps qui nous conduisent sans cesse chez le médecin". Alors le combat pour la vérité continue. "Nous irons à la cour Européenne s’il le faut. Nous avons encore un brin d’espoir".


jeudi 1 septembre 2011

Avec la Convergence citoyenne pour une transition énergétique

Déclaration de Lézan – Gard, le 28 août 2011

Lundi 29 août 2011

Préambule

Notre Convergence citoyenne pour une transition énergétique est le fruit d’une prise de conscience née de la mobilisation contre l’extraction des gaz et huiles de schiste. Nous avons élaboré cette déclaration les 26, 27 et 28 août, et validée en assemblée plénière le 28 août.

Pour assurer l’avenir des générations futures, la Convergence, affirme comme nécessité :

  • la reprise en main par les citoyens des décisions qui les concernent ;
  • le refus de la marchandisation de la nature et de ses ressources, notamment en dénonçant les pièges du capitalisme vert ;
  • la définition de la terre, de l’eau, de l’air, de l’énergie, et du vivant comme biens communs inaliénables et accessibles à tous.

Remettant en cause le système économique et productiviste dominant, la Convergence se donne une feuille de route.

1 : Instaurer le contrôle citoyen des instances politiques soumises à la logique des multinationales revient à instaurer :

  • Une démocratie directe grâce des espaces citoyens d’échanges, d’information, de confrontation et de décisions ;
  • Une assemblée citoyenne d’expertise plurielle et transparente qui exclue tout conflit d’intérêt ;
  • La séparation entre les pouvoirs financiers et les médias ;
  • Un travail de convergence sur les questions de société avec le mouvement social et ses organisations.

2 : S’engager sans délai pour la transition énergétique suppose de :

  • Réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre à la hauteur des exigences exprimées par l’accord des peuples de Cochabamba, accord adopté par la Convergence de Lézan et joint en annexe de la présente déclaration ;
  • Se libérer d’une surconsommation qui coûte plus aux pauvres qu’aux riches ;
  • S’orienter vers une sobriété et une efficacité énergétique ;
  • Arrêter la course aux énergies fossiles ;
  • Abandonner toute expérimentation, exploration et exploitation d’hydrocarbures compris dans la roche mère et off-shore ;
  • Arrêter le nucléaire civil et militaire ;
  • Arrêter la production et l’utilisation industrielles des agro-carburants ;
  • Mettre la priorité sur le financement public de la recherche et des expérimentations citoyennes sur les énergies renouvelables ;
  • Libérer les brevets captés par les multinationales ;
  • Organiser la relocalisation avec la réappropriation publique et territoriale des moyens de production et de distribution de l’énergie (régies communales, coopératives, sociétés d’intérêt collectif, etc.) incluant systématiquement le contrôle citoyen ;
  • Réorienter les politiques publiques des secteurs énergivores tels que l’agriculture intensive, les transports, le logement et l’urbanisme, l’industrie et la grande distribution ;
  • Exiger la reconversion des filières concernées en accord avec les travailleurs et les usagers.

3 / Organiser dès à présent la convergence des luttes nous engage à :

  • Articuler les mobilisations contre les gaz et huile de schiste, le nucléaire, les OGM, les incinérateurs, les agro-carburants et toutes les luttes sociales et environnementales ;
  • Faire converger les luttes, les mobilisations, les alternatives et les expérimentations en associant le combat écologique aux luttes sociales ;
  • Œuvrer pour l’émergence d’un nouveau projet de civilisation indispensable face aux enjeux climatiques, à l’épuisement des ressources naturelles et plus généralement au chaos dans lequel nous mène le capitalisme ;
  • Poursuivre régulièrement la Convergence citoyenne initiée à Lézan, en se connectant avec les mobilisations du local au mondial ;
  • Inscrire nos mobilisations dans un calendrier international contre le G20, du 1er au 4 novembre 2011, lors du sommet sur le climat de l’ONU à Durban début décembre 2011, lors du Forum Alternatif Mondial de l’Eau du 10 au 18 mars 2012, lors du Sommet Rio + 20 début juin 2012.

La Convergence citoyenne pour une transition énergétique s’associe à la pétition portée par « Los Indignados » auprès de la Commission européenne pour la sortie du nucléaire, contre l’exploration et l’exploitation des hydrocarbures compris dans la roche mère, contre la culture et la commercialisation des OGM et pour un audit des dettes des États européens.

http://www.convergenceenergetique.org/Declaration-de-Lezan-Gard-le-28